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HUBLOT ET LE MÉCANISME D'ANTICYTHÈRE




Retrouvez dans HUPSOO MAGAZINE – août 2022, notre article consacré à



En mars 2012, la marque horlogère Hublot dévoilait une montre exclusive, probant hommage à la machine d’Anticythère dont les fragments ont été découverts par des pêcheurs d’éponge en route pour rejoindre l’Afrique du Nord

en 1900 -1901 dans une épave romaine échouée

au large des îles grecques d’Anticythère.



Les navires romains qui revenaient d’Asie mineure passaient entre le Péloponnèse et la Crète pour rejoindre l’Italie. Au milieu de ce couloir maritime, se dresse l’île d’Anticythère. Ses côtes aux rochers tranchants représentaient un réel danger pour les embarcations antiques qui risquaient de s’y fracasser lors de cruelles tempêtes. C’est ici, au cours du 1er ou du 2ᵉ siècle avant notre ère, qu’un navire colossal chargé de trésors a fait naufrage. Parmi ces richesses, plus ou moins touchées par la corrosion, on a retrouvé plus de 200 amphores, des lampes à huile, des vases, des pièces de monnaie, des verreries, des sculptures helléniques en marbre et en bronze, ainsi que des fragments de la machine d’Anticythère, premier calculateur analogique connu de l’histoire de l’humanité. Ce chef-d'œuvre de l’Antiquité, de la taille d’une boîte à chaussure, décrivait avec précision l’image du ciel des décennies à venir. La position des astres qu’on connaissait à l’époque, l’emplacement de la Lune et du Soleil, les phases lunaires, et même les éclipses. Des indications qui n’apparaîtront sur les horloges astronomiques qu’un millénaire et demi plus tard.


Cette extraordinaire invention sombra dans l'oubli durant 2000 ans, dans les profondeurs de la mer Égée. Il fallut attendre les années 1950 pour que des travaux d’études et de restaurations révèlent, sous les dépôts sédimentaires, des graduations et des lettres permettant de dater ces vestiges entre 90 et 80 av. J.C. Toutefois, cette date reste controversée au sein de la communauté scientifique. En 1905, le philologue allemand Albert Rehm fut le premier à évoquer l’hypothèse d’un instrument permettant de calculer des positions astronomiques. En 1959, le physicien britannique Derek J. de Solla Price, redécouvre au Musée d'Athènes ces fragments incompris et décide de mener à son tour une enquête. Convaincu de leur importance, il les étudiera jusqu’à la fin de sa vie. La technologie confirmera son intuition deux décennies après sa disparition en septembre 1983.



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Hublot Anticythère – inspiré du mécanisme de la machine d'Anticythère


Une montre esthétique, épreuve d’un mécanisme complexe


Mathias Buttet, directeur de la recherche et du développement de Hublot, a voulu imiter ce mécanisme aux calculs savants, donnant naissance à 4 montres-bracelet uniques au monde. Le premier mouvement fut présenté au Musée des Arts et Métiers à Paris. Le second se trouve au Musée archéologique d’Athènes où le troisième a été vendu lors d’une vente aux enchères. Les fonds récoltés sont destinés à la protection de la machine d’Anticythère d’origine. Le quatrième est conservé chez Hublot, dans les ateliers suisses où il a été créé et assemblé. Ces reproductions miniatures, à la fois modernes et mémorielles, manifestent un exploit.


La machine d’Anticythère mesurait environ 21 centimètres de hauteur et occupait le volume d'un boîtier large de 160 mm et épais de 50 mm. Hublot a opté pour un mécanisme aux dimensions nouvelles (seulement 3 centimètres), un design ultra-moderne inspiré des anciens, créant une montre capable de donner l’heure avec précision, de calibre 2033 - CH 01, comprenant 495 composants. Ce fut le premier hommage horloger rendu à une découverte archéologique antique. La première fois qu’une maison horlogère a travaillé de concert avec des historiens de la mécanique, des scientifiques spécialisés dans l’épigraphie et l’archéologie, pour concevoir un accessoire de mode, hautement élaboré.


Ses deux glaces à facettes en saphir soulignent et valorisent la double exposition du mouvement recto verso. Deux couronnes ornées d’une croix identique suggèrent la forme originelle de la machine d’Anticythère. Sur la face avant, la couronne positionnée à 6 heures permet de positionner le mécanisme à l’heure de notre choix. La couronne située à 12 heures propose une correction des indications astronomiques, en indexant les phases lunaires à la position du Soleil. Compte tenu de la complexité des données affichées, un système de sécurité a été installé sur les couronnes pour éviter que des manipulations involontaires dérèglent la subtile structure. Un boîtier solide, microbillé, protège ce mécanisme exceptionnel en harmonie avec un bracelet en caoutchouc souple, spécialement conçu pour ce modèle inédit.



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Reconstitution 3D de la Machine d'Anticythère

Une vision mathématique du cosmos


La machine d’Anticythère était pourvue d’engrenages en bronze d’une sophistication surprenante pour l’époque. Un châssis en bois, comprenant une porte à l’avant et une autre à l’arrière, renfermait de nombreux rouages dentés solidaires, disposés sur plusieurs plans. On tournait une clé ou une manivelle (manuellement ou possiblement à l’aide d’un système hydraulique) pour régler le mois et l'année sur un cycle. Le calendrier égyptien placé sur l'autre face permettait de régler le jour. Ce patrimoine exceptionnel manifeste la douance des mécaniciens de l’Antiquité, capables de réaliser des rouages en bronze complexes, d’une efficacité remarquable. Un puissant témoignage du talent des ingénieurs et de la pensée philosophique de l’époque qui amènent les scientifiques contemporains à se questionner sur leurs méthodologies.


On pensait, avant d’avoir trouvé les vestiges de ce calculateur astronomique considéré comme le premier ordinateur conçu par l’Homme, que l’invention de tels systèmes dataient de la Renaissance italienne. Seul ⅓ de la machine a été retrouvé, en piteux état. Grâce aux 82 fragments recueillis, les scientifiques ont pu reconstituer virtuellement sa composition et décoder ses multiples fonctionnalités. Dès la première année, ils réalisent que cette mécanique fournit des données astronomiques. Conservé au Musée national archéologique d’Athènes, le mécanisme intrigue de nombreux chercheurs.


Pourtant, il faudra attendre les avancées technologiques du 21e siècle pour qu’un scanner à rayons X, spécialement conçu pour la machine d’Anticythère, révèle en 3 dimensions les entrailles de la machine. Le mathématicien Tony Freeth, entouré d’une équipe émérite, s’est appuyé sur les données tomographiques obtenues par rayons X en 2005. La machine fait débat parmi les chercheurs qui étudient son dispositif, explique Yanis Bitsakis, chercheur en histoire des sciences et des technologies à l'Université d’Athènes. L’University College de Londres (UCL) propose la reconstitution numérique la plus aboutie à ce jour.


Des clichés en haute définition dévoilent des inscriptions gravées sur les parois de la machine, bribes d’un mode d’emploi exposant de nombreux cycles astronomiques, tels que le cycle de Saros, équivalent à 223 lunaisons sur un peu plus de 18 années, et le cycle Exeligmos, qui prédisait les éclipses et correspondait à 3 cycles de Saros, soit 54 années. La machine d’Anticythère indiquait également le cycle métonique (255 lunaisons sur 19 années) et le cycle callipique courant sur 76 années, soit 940 lunaisons ou 4 cycles métoniques, abrogeant leurs imperfections. Les chercheurs affirment qu’elle était pourvue d’un calendrier civil et olympique. D’autres cycles encore ; toujours mystérieux.



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Archimède de Syracuse

La signature d’un génie, oui, mais lequel ?


Les analyses métallurgiques et textuelles réalisées par les chercheurs concordent pour dater, à plus ou moins 100 ans d’intervalle, la construction de cette machine. En outre, l’identité de son concepteur reste une énigme. Qui a donc été en mesure de concevoir un tel exploit conceptuel ? Cicéron mentionnait l’existence de systèmes comparables. Ces derniers pourraient provenir de l’école philosophique de Posidonios de Rhodes (135-51 av. J.C.). Hipparque de Nicée (190-120 av. J.C.), fondateur de la trigonométrie, constitue également un candidat sérieux. On sait que le père de la mécanique statique, Archimède de Syracuse (287-212 av. J.C.), assisté de ses disciples, mathématiciens, physiciens et ingénieurs hors pair, était capable de prouesses scientifiques. Dans ce cas, la création de la machine d’Anticythère serait datée au 2ᵉ siècle avant notre ère. D’autres pistes ont été avancées. Le mystère reste entier.


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