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LUCAS SANTTANA : DU RENOUVEAU DE LA POP BRÉSILIENNE AU PARADIS SUR TERRE


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Lucas Santtana


« Vous devez faire un choix. La mort ou la vie ? La vie ! […] ils savent que la biosphère, c'est la nouvelle ère. »


La saudade brésilienne au service de l’environnement

Comment s’y prendre pour être moderne quand on est le fils du producteur Roberto Sant’Ana, le neveu de Tom Zé et qu’on a pour héritage culturel la bossa nova, un genre musical qui a su conquérir le monde entier dans les années 1960 en livrant une telle sensualité qu'il aurait pu, en d’autres temps, être censuré par le Vatican ? Autrement dit, peut-on mettre des synthés analogiques et des gros sons « techno » dans ses albums lorsqu’on est d’origine brésilienne et qu’on a la saudade de João Gilberto dans la peau ? La réponse est oui, bien entendu !


Lucas Santtana symbolise depuis plus de vingt ans le renouveau de la musique brésilienne, son audace immarcescible. L’artiste, se sentant assurément libre de toute expérience, s'est accordé à sampler Claude Debussy, à user de boites à rythmes et à effectuer différents montages électro au fil des ans – gardant un pied dans la tradition et l’autre dans l’espace…

Aujourd’hui, le nouvel album ensoleillé de l’artiste Brésilien Lucas Santtana, qui désire réexplorer notre vie terrienne, est sorti dans les bacs ; bien que les titres soient disponibles à l’écoute sur diverses plateformes depuis un mois. Avec son neuvième album « O Paraíso » (Le Paradis), le libre héritier du « tropicalisme » entend bien redéfinir nos axes de pensées et notre vision du Paradis. « Ce dernier est devant nous, ouvrez les yeux et apprenez à le contempler pleinement », exprime-t-il. Nous avons une responsabilité quant à la pérennité de notre habitat naturel. Nous sommes, en partie, responsables de sa perpétuelle métamorphose. Dix titres aux climats subtils – semblables à un pèlerinage vers des jours meilleurs, invitant à remettre en jeu nos modes de vie, à se questionner. Maintenant !



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Album O Paraiso – Lucas Santtana

O Paraiso, un album engagé et engageant !

La Terre est un organisme vivant, aussi appelé « biosphère », une planète unique dans le système solaire, où toutes les conditions de préservation de la vie sont réunies. L’auteur-compositeur-interprète bahianais place l’existence humaine au cœur de sa créativité, de ses chansons. Des messages forts qu’il dispense dans une forme de « contexture ultra-sensible, ultra-sophistiquée, dans laquelle le lead (un lead est la partie instrumentale principale ; ça peut autant être un synthé qu'une guitare et dans tous styles) se marie parfaitement aux métissages orchestraux – empruntant certains codes du jazz, de la bossa nova et des musiques actuelles… dans un lit de velours atmosphérique, laid back – célébrant les forces collectives qui résistent pour la préservation de notre environnement. Sa voix, pourvue d’une grâce insolente, accompagnée par la délicatesse d’arpèges aux « sonorités endémiques » qu’il libère sur sa guitare acoustique, rejoint des percussions aux « tonalités organiques » – enrichies par de savantes orchestrations et des textures électroniques immersives.

En outre, le compositeur brésilien se rapproche de son public français en collaborant avec Flavia Coelho, Flore Benguigui (du groupe L'Impératrice) ou encore en choisissant le saxophoniste Laurent Bardainne et s'essaie même à la langue française dans l’un de ses titres. Il s'agit d'un nouvel album de célébration – qui concoure à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons, dans lequel nous évoluons et les êtres avec lesquels nous partageons notre paradis terrestre. Le Brésil moderne continue de véhiculer aux quatre coins du monde un idéal spirituel et paradisiaque pertinemment traduit depuis le XVIᵉ siècle par les récits de l'aventurier allemand Hans Staden et, au XIXᵉ siècle, éloquemment décrit par le peintre français Félix-Émile Taunay – des visions d'Éden que les Brésiliens expriment souvent avec poésie grâce à leurs cordes sensibles… vocales et parfois pincées.


« Qu'est-ce qu'un civilisé ? Qu'est-ce qu'un sauvage ? »



La première chanson, Errare humanum est, nous questionne sur nos origines cosmiques. La chanson a été écrite par Jorge Ben en 1974, reprise par Seu Jorge, Rodrigo Amarante, entre autres. La seconde, The Fools on the hill, signée Paul McCartney, parue en 1967 à l’époque où les Beatles s’intéressaient aux pouvoirs chamaniques invoquant le « troisième œil » permettant de percevoir l’invisible, est interprétée ici avec Flore Benguigui. La solaire Flavia Coelho place sa voix sur le titre Muita pose, Pouca Yoga, une pagode brésilienne, un genre musical populaire originaire de Salvador de Bahia.


L'homme à la voix sensuelle a utilisé dans ses précédents albums des échantillonnages électroniques, de nombreux samples, des atmosphères... (O Deus que devasta mas tambem Curassas sorti en 2012, Sobre Noites e Dias, en 2014, Modo Aviao en 2017) avant de revenir à la sobriété « guitare et voix » dans O Céu É Velho Há Muito Tempo en 2019. De ce point de vue, O Paraiso réunit toutes ces expériences et élargit ainsi la question existentielle, passant de « Qui suis-je ? » à « Où suis-je ? ».


O Paraíso a été enregistré à Paris, avec les musiciens qui étaient là. Une première. Il s'agit de Fred Soulard (piano, claviers, production, déjà entendu avec Piers Faccini ou Jeanne Added), le percussionniste brésilien Zé Luis Nascimento, le violoncelliste français Vincent Segal, le saxophoniste Laurent Bardainne (Freshwater Tiger, Poni Hoax). Enfin, Remi Sciuto et Sylvain Bardiau pour la section cuivres. Tous ces as de la finesse musicale ont apporté de précieuses touches impressionnistes – tambours, synthétiseurs, marimba, cordes, cuivres...


Ce neuvième album était, selon son auteur, l'occasion d'échanger nos références culturelles. Les Brésiliens n'ont jamais eu à endosser un rôle de domination puisque c’est un pays de médiation où les différences sociales encouragent le « vivre-ensemble ». Néanmoins, la montée de l'extrême droite au pouvoir en 2018, a changé la société brésilienne. Les conflits devenant une façon de gouverner. La lutte pour protéger l'Amazonie de la déforestation est aujourd'hui primordiale et conditionnera la survie de l’espèce humaine dans notre sublime biosphère bleue, communément appelée « la Terre ».




Lucas Santtana ou l’art de faire passer des messages forts avec une voix de velours


Le génie brésilien, habitué à traiter des sujets graves avec une poétique éminemment intuitive, O Paraíso se développe là où les émotions touchent le mouvement de la vie (Sobre la memoria, chanté en espagnol). Lucas Santtana a lu la description de l'Enfer à +4° par David Wallace-Wells dans Inhabitable Earth. Au lieu de resté abattu, il a choisit l’espoir face au drame et a continué à lire le philosophe italien Emmanuele Coccia, auteur du livre « Métamorphoses ». Chaque être vivant est une métamorphose, de la grossesse aux comestibles. Chaque vie est un fait métamorphique inouï qui transcende les identités et les mondes sans céder ni à l’indolence, ni à l’apathie. Avec cohérence, il choisit les paroles d'un autre fauteur de troubles, à savoir, la microbiologiste américaine Lynn Margulis dans What's Life.


Les voyages et le travail, que Santtana a découvert dans le documentaire symbiotique de John Feldman, Symbiotic Earth, l’ont passionné. Lynn Margulis a secoué les consciences et lancé une révolution scientifique. Pour mieux combattre, Lucas Santana tente d’évaluer les sources de notre malheur. Le premier fléau : « la Cupidité » qui, mariée à l’avidité et à « Monsieur Consommateur » a donné naissance à de nombreux enfants, « qu'on appelle les morts ».


Santtana précise qu’il aimerait dire à Elon Musk qu’il est stupide de vouloir aller sur la planète Mars puisque nous avons la chance de vivre sur la seule planète habitable du système solaire... Vamos ficar na terra. Au lieu d'arrêter la folie de l'agro-industrie, les producteurs de hautes technologies accélèrent le processus décadent avec leurs mensonges. Il est déjà temps de choisir de vivre ou de mourir, ce qui donne La Biosphère, traduit en français par les Petits Chanteurs d'Asnières. « Écoutons les chamans, véritables indigènes civilisés… ». Notez que cet ensemble de dix chansons organiques comprend deux reprises servant son discours humaniste.



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« La nature, notre seul paradis ! »

Lucas Santtana s’inspire de ces équilibres émotionnables, saisissant parfaitement que l’appréciation de la beauté naturelle est un sentiment universel. Toutes les fois où nous nous rendons dans un lieu empli de beauté, en pleine, nature, la phrase suivante s’impose à tous : « C’est un paradis ! ». Intuitivement, nous observons la Terre et nous la trouvons merveilleuse ; même si la structure de notre modèle économique actuel s’appuie sur l’extraction et l’exploitation de nos ressources naturelles. Pourtant, le paradis commence ici (O Paraiso jà é aqui) – maintenant, sur Terre – à qui veut bien le voir, l’admettre, le vivre… Cessons de surexploiter notre bien commun, notre refuge enchanteur ! Le nouvel album multilingue de Lucas Santtana est un disque militant, un éloge au vivant ; il nous transporte tout en nous alertant. Un album multiforme – substrat philosophique – qui pourrait bien devenir un indispensable dans la collection privée de tout public averti.

« O Paraíso » est né pendant une pandémie de la Covid-19. Ce crochet de l'histoire humaine ne pouvait pas laisser indifférent le natif de Salvador de Bahia, la capitale du syncrétisme religieux afro-brésilien, dont les dieux et les déesses règnent sur l'eau, la forêt, la foudre, la mer... « C'était comme si le règne animal nous délivrait un message devant le chaos programmé. Les incendies, les inondations, les périodes de sécheresse, les tsunamis dévastateurs, les moussons, la tragique fonte des glaciers, les marées noires sont autant de signaux d’alarme que nous ne voulons pas entendre. » Combien de temps faudra-t-il à l’humanité pour comprendre l'urgence de notre situation, demande Santtana dans son neuvième titre A Transmissão (Transmission).




(Re)découvrez O Hino Nacional Brasileiro par Lucas Santtana


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